Le Chien d'Einstein
Chanson pour la Soupe aux Lettres

C'était un chien
Mais quel joli chien
C'était un bon chien
Il avait du chien

Il avait du chien
Mais ça sert à rien
Quand on est un chien
Et qu'on sert à rien

Oui mais ce chien
Venait quand on dit: "Viens!"
Prenait quand on dit: "Tiens!"
Oh! le brave chien
C'était le bon chien
À son pépère
Tout beau sur patt's arrières

Quel bon gardien
Tout en va-et-vient
Près de la barrière
Et puis les gamins
Qu'il aboyait bien
Dans tout le jardin

Seul'ment voilà!

Que son pépère
Son brave pépère
Était tête en l'air
Il s'app'lait Albert

Il s'app'lait Albert
Einstein et Albert
Einstein pour ses pairs
C'était un expert

Car notre Albert
Tutoyait l'univers
Mais il n'avait que faire
D'être terre à terre
Y avait rien à faire
C'était physique
Plus fort que la logique

Très réfractaire
À ces joies austères
De la vie pratique
Du tour nécessaire
Que le chien doit faire
Jusqu'au réverbère

Seul'ment voilà!
(...)


CULTE

Les raisins écrasés surnagent dans le moût,
Confiture grenat bouillonnant dans la cuve.
Les gaz tièdes et doux transforment en étuve
La froideur de la cave où l'air est déjà saoul.

Les pulpes et les grains s'échauffent dans le souffre,
Qui boutonne qui bulle en soulevant les marcs:
Ces globes pétillants, noirs et brillants regards,
Font croire en remontant au vertige d'un gouffre.

Témoin tremblant au sol se dresse une bougie
Garante du souffler par les ombres rougies
Qu'elle peint sous la voûte où incube le vin.

J'ai levé mon épieu pour accomplir le rite
Du meurtre de Bacchus dans les ferments divins:
Je touille ses boyaux et consacre la cuite.

in "Cristaux" de Christophe Nicolas



ODE AU MAUVAIS VIN ROUGE

Ô litron abusif dont le niveau descend
Le goût de ton clairet passe par tous les stades
Nectar au débouché puis picrate et vin fade
Il n'y a que l'alcool qui le rende décent.

Pas même la couleur de ce rouquin pur sang
Ne résiste aux gorgeons jallonnant l'escalade
Le pourpre d'un grand crû vire en une eau malade
C'est juste si l'alcool le rend assez puissant.

Le parfum rigolo qui sautillait au nez
A retourné sa veste et vomit la panosse
Il faut faire cul sec zyeux fermés en apnée.

Le glouglou du goulot cesse enfin ses renvois
Les amours goutte à goutte on n'est pas à la noce
Un verre d'eau qui pique, un Vichy, un Badoit.

in "Cristaux" de Christophe Nicolas