Cul Sec ! - dialogue entre le vigneron et la vigneronne
Extrait

HENRI
Le bruit m'est parvenu que vous donnez, Madame,
Une réception au souper de ce soir.
On dit qu'il y aura du monde et puis du beau.

MARION
Du beau monde, Monsieur, et de la cochonaille:
Nous comptons festoyer jusqu'à tard dans la nuit
Et, si je ne craignais de paraître frivole,
Je vous dirais, Baron, que je vous y convie.

HENRI
Marquise, dites-le ! Je pourrais vous entendre
Et croire enfin mon coeur qui syncope pour vous.
Je vous demanderais de répéter ces mots
De peur de les avoir entendus de travers.
Je lirais, attentif, vos lèvres prononcer
Que ma présence ici en rien n'est importune.
Je ferais mine alors de paraître étonné
Que mon humble personne éveille l'intérêt
D'un être aussi gracieux et délicat que vous.
(...)


CULTE

Les raisins écrasés surnagent dans le moût,
Confiture grenat bouillonnant dans la cuve.
Les gaz tièdes et doux transforment en étuve
La froideur de la cave où l'air est déjà saoul.

Les pulpes et les grains s'échauffent dans le souffre,
Qui boutonne qui bulle en soulevant les marcs:
Ces globes pétillants, noirs et brillants regards,
Font croire en remontant au vertige d'un gouffre.

Témoin tremblant au sol se dresse une bougie
Garante du souffler par les ombres rougies
Qu'elle peint sous la voûte où incube le vin.

J'ai levé mon épieu pour accomplir le rite
Du meurtre de Bacchus dans les ferments divins:
Je touille ses boyaux et consacre la cuite.